Baisse des salaires et de la masse salariale dans la fonction publique, faut-il applaudir ?

Non, il ne faudra plus applaudir quand l’Etat décide de réduire les salaires et la masse salariale (réduction des effectifs et des taux de salaire) de la fonction publique.


En général, une telle opération se fait toujours dans le cadre de l’effort de réduction des déficits publics : baisse des dépenses publiques. Ce qui induit une baisse des commandes publiques auprès du secteur privé. Par ailleurs, l’Etat étant le plus gros employeur du pays, une baisse de la masse salariale se solde par une paralysie du pouvoir d’achat des ménages et, donc, de la consommation et des importations.


Enfin, il ne faut jamais oublier que de nos jours, la réduction des déficits publics se fait à la fois par la baisse des dépenses et, hélas, l’augmentation des impôts et taxes ainsi que de l’accumulation des arriérés de paiement de la dette intérieure. Ainsi, toute baisse de la masse salariale des fonctionnaires dissimule une augmentation de la pression fiscale, une baisse des commandes et le non-paiement des marchés publics. Il ne faut donc jamais se réjouir de toute intention de réduire les déficits publics.


En effet, le déficit public n’est pas la dépense publique mais la différence entre le volume des revenus et le volume des dépenses. On peut réduire le déficit public en réduisant la dépense publique seule, en maintenant stable la pression fiscale. Tout comme on peut réduire ce déficit en augmentant les revenus de l’Etat, tout en stabilisant la dépense publique. Mais, en général, la réduction du déficit public se fait en réduisant la dépense et en augmentant la pression fiscale, en même temps.


Donc, au contraire, il faut se précipiter aux pieds de l’Etat pour le dissuader de réduire son train de vie. La réduction de la dépense publique, c’est moins de commandes publiques, c’est plus de chômage et moins de consommation, et c’est surtout le complémentaire d’une augmentation, plus ou moins déguisée, des impôts en vue de la réduction des déficits publics. Plus généralement, le patronat ne doit jamais se réjouir de la réduction du train de vie de l’Etat. Et, cela pour trois raisons :

  • Tout d’abord, parce que pour le secteur productif, l’État, est de manière directe au Gabon le client le plus important du PIB et des importations, comme dans la moyenne des pays en développement. La réduction du train de vie de l’Etat signifie absence de nouveaux marchés publics et, surtout, accumulation d’arriérés de paiement de la dette intérieure ;
  • Ensuite, parce que les ménages sont presque tous des fonctionnaires dans le pays. Une réduction du train de vie de l’Etat signifie baisse de la masse salariale par réduction des effectifs et du taux de salaire, et par gel des recrutements. Ce qui induit un accroissement du chômage, une baisse du pouvoir d’achat, un affaiblissement de la solvabilité et de la capacité d’endettement des ménages. En somme, une baisse de la consommation et de la demande de crédit d’équipement ;
  • Enfin, parce que la réduction du train de vie de l’Etat s’accompagne toujours d’une hausse de la pression fiscale, plus ou moins maquillée ou dissimulée. En effet, la réduction des dépenses publiques est toujours complémentaire d’une hausse des revenus de l’Etat afin de réduire les déficits publics, qui est le vrai objectif.

On le voit, une baisse des dépenses publiques ne signifie point baisse des impôts et des taxes, en nombre et en taux. Bien au contraire. Au total, la réduction du train de vie de l’Etat est une taxe déguisée à la production, à la consommation, à l’investissement privé, aux exportations et même aux importations ; c’est une taxe sur le produit net bancaire. Et, le tout ne favorise guère les entrées de devises pour la nation.


Cependant, il faut reconnaître qu’il y a des dépenses publiques sans pertinence. Et, de manière indirecte, il y a donc un chiffre d’affaires factice pour le secteur privé si cette vente est issue d’une commande publique inutile ou d’un simple gaspillage des ressources (énergie, thermique, téléphone, papeterie, etc.) de l’Etat par certains fonctionnaires.


Dans tous les cas, la dépense publique doit constituer un sujet d’analyse et de surveillance par un secteur privé stratège. Ce dernier doit fortement militer pour la qualité de la dépense publique, en termes d’infrastructures, d’équipements collectifs, de justice, de sécurité, de police, de diplomatie et administration du territoire. Et, ne jamais militer pour sa réduction. En effet, améliorer la qualité de la dépense ne signifie pas nécessairement réduire le volume de la dépense. On peut maintenir l’enveloppe globale de cette dépense publique en remplaçant la part des dépenses de pur gaspillage par un accroissement de la part des dépenses de qualité. C’est donc la substitution qualité contre gaspillage qui permet de maintenir le volume efficace de la demande publique, moteur de l’économie.


En effet, il faut militer pour la chasse aux gaspillages et pour le maintien du volume de la demande publique. Aucune dépense publique n’est fondamentalement inutile. Plutôt que de la démanteler, il faut simplement la restaurer dans le contexte de son utilité. Ainsi, au lieu de licencier un fonctionnaire, il faut juste l’affecter au poste ou à l’emploi nécessaire à créer.

Et, ce type d’emplois foisonne dans l’arrière-pays. Il faut déployer les fonctionnaires sur toute l’étendue du territoire vers les terroirs qui en manquent, afin de simplement baisser la masse salariale de Libreville que l’on confond de plus en plus au Gabon tout entier, faussant ainsi les analyses économiques de la structure de la dépense publique. À périmètre constant du volume de ses dépenses, l’Etat peut donc simplement remplacer toutes les dépenses de gaspillage par des dépenses utiles et maintenir le volume de commandes publiques et le pouvoir d’achat des fonctionnaires pour la croissance économique et la prévention de toute déflation.


Cependant, l’Etat peut choisir de ne pas conserver le périmètre de ses dépenses ni de se contenter d’y procéder à une simple réallocation de ses ressources. Alors, si finalement l’Etat baisse ses dépenses tout en augmentant les impôts, le secteur privé devrait également faire la même chose : réduire ses charges variables, réduire les gaspillages et réaménager ses parts de marchés. En somme, il faut s’ajuster en misant sur les gains de productivité, en faisant mieux avec moins. En outre, il faut persuader l’Etat qu’un endettement supplémentaire est plus rentable pour l’économie que l’augmentation de la pression fiscale : la dette publique est un impôt remboursable mais seulement quand elle est détenue par les ménages et les firmes domestiques. Alors, pour éviter, à la fois, toute baisse des commandes publiques et toute augmentation de la pression fiscale, il faut encourager et acheter les titres publics. Tout le monde en bourse.

Le 13/11/2019